Avec le confinement lié à la crise sanitaire et ses conséquences économiques, j'observe de nombreuses personnes qui essayent d'imaginer le monde d'après. Il y aurait un avant et un après Covid-19. Dans ce monde d'après l'Homme serait devenu bon, responsable, solidaire, altruiste, soucieux de protéger la planète et son environnement 🌍. Ce nouvel Homme serait favorable à la décroissance pour revenir à l'essentiel.

Personnellement, je ne sais pas s'il y aura un monde d'après. La probabilité est tout de même forte que l'Homme reste profondément le même, avec ses qualités et ses défauts 😉

Dans l'interview de Daniel Cohen, je trouve intéressant son angle qui est légèrement différent. Il analyse une évolution du capitalisme vers une version plus numérique. Pour lui, la crise du Coronavirus va accélérer cette mutation avec pour corollaire une déshumanisation de l'économie.

Je partage le constat de l'évolution du capitalisme vers une version numérique mais, à l'inverse de Daniel Cohen, je suis convaincu qu'il est bien plus humain !

Vous pouvez retrouver l'intégralité de l'article sur le site du Monde (article réservé aux abonnés) :

« La crise du coronavirus signale l’accélération d’un nouveau capitalisme, le capitalisme numérique »
L’économiste Daniel Cohen analyse la crise sanitaire comme un moment de basculement de l’économie dans un nouveau régime de croissance et du rôle de l’Etat dans un nouveau mode d’intervention sociale.
Article réservé aux abonnés du journal lemonde.fr

Le capitalisme est mort, vive le capitalisme !

Je trouve assez juste l'analyse de la mutation du capitalisme par Daniel Cohen. Est-ce un nouveau capitalisme ? Je n'en suis pas convaincu, c'est sûrement le même capitalisme qui ne fait qu'évoluer avec l'innovation technologique.

"C’est certainement la fin, ou le début du recul du capitalisme mondialisé tel qu’on l’a connu depuis quarante ans, c’est-à-dire à la recherche incessante de bas coûts en produisant toujours plus loin. Mais elle signale aussi l’accélération d’un nouveau capitalisme, le capitalisme numérique…" Daniel Cohen - lemonde.fr

Sur le fond, je partage l'idée que les acteurs économiques vont réfléchir autrement pour générer du profit. Il y a eu un mouvement de délocalisation vers des pays où la main d'oeuvre était plus abordable. Avec le temps, le niveau de vie de ces pays progresse et le coût de la main d'oeuvre également. Il faut reconnaître qu'il y a encore de la marge avant que la balance s'équilibre entre la Chine et la France 😜

Par contre, tous les coûts et contraintes non-financières additionnés peuvent faire hésiter de plus en plus d'entreprises à délocaliser. Certaines valeurs morales des dirigeants d'entreprise peuvent également remettre en cause ces choix.

Pour autant, produire en France ne veut pas dire payer plus cher ! La suite logique est de chercher dans l'innovation technologique comment compresser les coûts. Ce capitalisme numérique est donc en train d'essayer de résoudre cette équation : produire local + moins cher qu'en Chine (ou autre pays où la main d'oeuvre est moins onéreuse) + avec le coût du travail français.

Le confinement actuel ne fait que mettre en lumière la nécessaire transformation digitale de nombreux secteurs : entreprises, administrations, établissements scolaires, hôpitaux, etc. Il me semble donc évident que les leçons de cette expérience vont être tournées vers la volonté de mieux maîtriser cette transformation, voire de rattraper le retard.

Le coronavirus va accélérer le capitalisme numérique selon Daniel Cohen

Daniel Cohen estime que c'est "le moment de gloire du capitalisme numérique"

Publiée par BFM Eco sur Lundi 20 avril 2020

L'opportunité d'une "économie enfin humanisée" différente de celle de Jean Fourastié

C'est sur la notion d'une "économie humanisée" que je vais avoir des divergences avec l'analyse de Daniel Cohen. Il part du principe que ce capitalisme numérique va avoir pour effet "l’effondrement des promesses humanistes de la société postindustrielle."

"L’idée, théorisée notamment par l’économiste français Jean Fourastié [1907-1990], était que les humains travailleraient non plus la terre ou la matière, mais l’humain lui-même : prendre soin, éduquer, former, distraire autrui, serait le cœur d’une économie enfin humanisée. Ce rêve postindustriel était libérateur, épanouissant… Mais comme le souligne Fourastié, il n’était plus synonyme de croissance…" Daniel Cohen - lemonde.fr

Pour avoir une vision si pessimiste de l'avenir d'un monde qui serait dans le capitalisme numérique, il faudrait partir du principe que le capitalisme est par essence mauvais. Pour moi, c'est un outil. On ne peut pas reprocher au marteau de blesser quelqu'un. Le responsable est celui qui tient le manche.

Sinon, c'est le postulat est que l'Homme est mauvais par nature. Heureusement, le monde d'après promet une prise de conscience le rendant plus vertueux 🙃

Pour ma part, je suis très optimiste. Je pense qu'il y a du bon dans l'humanité et que nous vivons vraiment une époque formidable.

Il n'a jamais été aussi facile d'entreprendre. Les acteurs de l'économie se posent de plus en plus la question de leur raison d'être et de leurs missions sur fond de RSE. Certains labels voient le jour pour mettre en valeur ces entreprises comme le label B Corp. Bref, le monde d'après existait déjà avant et il devrait continuer après ce qu'il a commencé avant.

Sur la partie capitalisme numérique, il est indéniable à mes yeux que le digital est un vecteur d'épanouissement personnel. Jean Fourastié prédisait que "prendre soin, éduquer, former, distraire autrui, serait le cœur d’une économie enfin humanisée." Bonne nouvelle, nous y sommes !

Éduquer, former, distraire autrui est désormais possible grâce à très peu de moyens :

En réalité, il n'a jamais été aussi simple de créer du contenu, le diffuser et apprendre. L'accès à la connaissance, source essentiellement d'épanouissement individuel, n'a presque plus de barrières. Les initiatives peuvent aussi bien être commerciale qu'à but non-lucratif.

Au même titre que les technologies peuvent nous permettre de prendre soin des autres plus facilement. Il n'a jamais été aussi simple de rompre la solitude de nos proches. La télémédecine se développe, tout comme l'intelligence artificielle pour combattre les maladies.

Le capitalisme, en tant qu'outil imparfait, poursuit donc son évolution pour nous apporter toujours plus de confort et sécurité dans nos vies. Sa "version numérique" nous permet d'être plus libre pour nous épanouir individuellement et s'engager dans des projets collaboratifs jusqu'alors impossible (comme les différents projets web open source). Je ne pense pas qu'être plus humaniste s'oppose à la recherche de croissance, bien au contraire. Chacun peut/doit s'emparer de cet outil pour construire le monde d'après ou de demain.

A mon sens, c'est l'émergence (et non l’effondrement) "des promesses humanistes de la société postindustrielle."